Migrer un droit pour tous !

Au-Delà des Causes Profondes

As-tu déjà voyagé ? Où es-tu allé ? As-tu déjà eu envie de voyager ? Où ? Quels sont les endroits dans le monde qui t’intriguent ou te passionnent ? Est-ce que tu penses que ces voyages pourraient être une manière pour toi de grandir et de te développer en tant que personne ?
Parfois, la réponse à « Quelles sont les Causes Profondes des Migrations ? » ne va pas plus loin que cela. Des personnes jeunes – comme toi et moi – qui ont vécu toute leur vie dans un même pays, sont prises de ce ‘mal de voyage’: l’envie de partir de chez soi et de découvrir des terres, des visions et des personnes nouvelles. En demandant incessamment les « causes profondes »
des migrations, on oublie parfois de légitimer les « causes simples » qui peuvent pousser une personne à partir: notamment (et tout simplement)… L’envie !
En entamant tes prochains voyages (si tu as la chance d’avoir un passeport européen, Américain, Anglais, et que tu es de couleur de peau blanche…) tu remarqueras qu’il ne te seras que très rarement demandé de te justifier dans tes mouvements. Ton passeport te donnera une légitimité que tu n’auras aucunement besoin d’expliquer. Tu pourras passer la grande majorité des frontières du monde à ta guise.
Si tu étais né dans un autre pays, avec un passeport moins privilégié, alors tes opportunités de mouvement ne seraient pas du tout les mêmes. Tu remarquerais très vite que, rien que pour avoir un visa de deux semaines pour la France, l’Italie, les Etats Unis et une centaine d’autres pays, on te demanderait de fournir énormément de pièces justificatives et d’expliquer
longuement les raisons de ton départ. À chaque étape de ton trajet, il y aurait quelqu’un pour te demander des explications sur ta présence et les causes de ton déplacement.
En se concentrant trop sur les causes de la migration, on peut vite oublier la manière dont le mouvement est violemment bloqué pour certains tout en étant sur-normalisé pour d’autres. Ce sera toujours très facile pour quelqu’un avec un passeport de l’Union européenne d’aller au Vietnam, au Cambodge, en Tunisie, au Mali… Tandis que, pour les ressortissants de ces pays, la possibilité de venir en Europe est étroitement limitée. Si elles ne font pas partie d’une infime portion privilégiée de leur pays, pour aller dans les pays d’origine de ces étrangers qu’ils voient parcourir leurs plages et manger dans leurs restaurants, elles devraient avoir recours à des routes longues et difficiles : soit à travers la bureaucratie ou, lorsque cela ne
marche pas, à travers de dangereuses routes migratoires.
Ainsi, lorsque nous nous posons des questions à propos des causes profondes des migrations, il est important de ne pas tomber dans ce piège… celui de demander aux personnes les raisons de leur mouvement, tout en oubliant de percevoir leur légitimité en elle-même, qui n’a besoin ni de justification, ni d’explications.
L’Article 13 de la ‘Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen’ dit que :
« 2.Toute personne à le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. »
Lorsque nous oublions cet élément du droit fondamental en parlant des migrations, nous divaguons alors sur les bords du problème, cherchant les causes des migrations dans les pays d’origine des personnes migrantes, plutôt que de nous demander si ces causes, et les dangers des routes migratoires, ne seraient pas des réalités structurelles créées par le pouvoir excessif des frontières.

Nicholas de Genova écrit que ; « Sans frontières, il n’y aurait pas de migrants – seulement de la mobilité. » Tâchons donc, nous aussi, de percevoir la migration non comme un problème à résoudre – par exemple en se penchant sur ses causes profondes – mais plutôt comme un non-problème transformé en problème par les structures des frontières et leurs efforts d’empêcher la mobilité humaine.
La focalisation sur les causes profondes des migrations peut, de plus, tendre à nous faire oublier que nos privilèges ne résident pas seulement dans les choses que l’on possède, mais aussi dans nos capacités de voyager, de découvrir et de vivre n’importe où. En tant que ‘Français’, nous pouvons confortablement aller presque partout sur la terre. Ceci n’est pas le
cas pour la majorité des citoyens du monde.
De plus, des penseurs comme Reece Jones (La Violence des Frontières) n’hésitent pas à rattacher la réalité des frontières aux écarts économiques dans le monde, notamment à la disparité de richesse entre le ‘nord’ et le ‘sud.’
En tout, il s’agit de se rappeler que, bien qu’une compréhension des causes profondes qui peuvent pousser une personne à bouger soit importante, le problème fondamental est le manque de liberté de mouvement des individus. Au lieu de questionner les personnes qui migrent, questionnons le fait que leur liberté de mouvement soit restreinte…! Et trouvons de
réelles solutions pour lutter contre cette inégalité globale.

Contribution de Cambria Collins, exilée volontaire de Cambria